Les mécanismes post-traumatiques chez l’enfant et le parent : comprendre et surmonter
- Claire Bloch
- 14 janv.
- 4 min de lecture
Un traumatisme, qu’il soit lié à une situation unique ou à une série d’événements difficiles, peut marquer profondément un enfant ou un parent. Ces blessures invisibles s’accompagnent souvent de mécanismes de défense, de comportements modifiés, ou de schémas répétitifs qui entravent le bien-être. Pour avancer vers la guérison, il est crucial de comprendre ces mécanismes post-traumatiques et de trouver des outils pour s’en sortir.
Les mécanismes post-traumatiques chez l’enfant
Lorsqu’un enfant subit un traumatisme, son cerveau, encore en développement, cherche à s’adapter pour survivre à une situation qu’il ne comprend pas pleinement. Ces mécanismes peuvent inclure :
1. L’hypervigilance
L’enfant est constamment sur ses gardes, réagissant intensément aux stimuli environnants. Cela peut se traduire par une peur excessive, des difficultés à dormir ou des réactions disproportionnées à des situations anodines.
2. Le repli sur soi
Certains enfants se ferment au monde extérieur, se montrant silencieux, apathiques ou détachés émotionnellement. Ce repli est une tentative de protection face à un environnement perçu comme dangereux.
3. La répétition du traumatisme
L’enfant peut rejouer inconsciemment des scénarios traumatiques dans son jeu ou ses interactions, cherchant à comprendre ou à maîtriser ce qui s’est passé.
4. Des troubles du comportement
Agressivité, opposition ou crises de colère peuvent également apparaître. Ces comportements traduisent souvent une incapacité à verbaliser les émotions liées au traumatisme.
Les mécanismes post-traumatiques chez le parent
Un parent ayant vécu un traumatisme peut également en ressentir les effets dans sa parentalité.
Cela peut se manifester par :
1. L’anxiété excessive
Le parent, marqué par son propre vécu, peut développer une peur constante pour la sécurité de ses enfants. Cette anxiété peut le pousser à surprotéger ou à se montrer hypercritique.
2. Les schémas répétitifs
Sans un travail sur soi, certains parents reproduisent des schémas de violence, de négligence ou de contrôle qu’ils ont eux-mêmes subis, même s’ils souhaitent faire autrement.
3. Le détachement émotionnel
Parfois, le traumatisme amène le parent à se couper de ses émotions pour se protéger, ce qui peut créer une distance affective avec ses enfants.
4. Les déclencheurs émotionnels
Une parole, un comportement de l’enfant ou une situation spécifique peuvent raviver des souvenirs douloureux, provoquant des réactions disproportionnées ou inattendues.
Comment s’en sortir ?
La guérison des mécanismes post-traumatiques est un processus qui demande du temps, de la bienveillance envers soi-même, et parfois un accompagnement extérieur. Voici des pistes pour avancer :
1. Reconnaître le traumatisme
La première étape est de reconnaître que ces réactions, bien que douloureuses, sont des mécanismes de défense. Pour l’enfant comme pour le parent, comprendre que ces comportements sont des conséquences du traumatisme, et non des “défauts”, est essentiel.
2. Offrir un espace de sécurité
Pour l’enfant :
• Créez un environnement où il se sent en sécurité, avec des routines rassurantes et des limites claires mais bienveillantes.
• Laissez-le exprimer ses émotions sans jugement, même si elles sont intenses ou incohérentes.
Pour le parent :
• Apprenez à identifier vos déclencheurs et offrez-vous des moments de pause.
• Pratiquez des activités qui favorisent la régulation émotionnelle, comme la méditation, le sport ou le journaling.
3. Faire appel à un professionnel
Un thérapeute spécialisé (en EMDR, thérapie cognitivo-comportementale ou autre) peut aider l’enfant comme le parent à traiter les blessures du passé. Ces approches permettent de revisiter les souvenirs traumatiques dans un cadre sécurisant, pour en atténuer l’impact.
4. Renforcer les liens parent-enfant
Pour les parents ayant vécu un traumatisme, renforcer la connexion avec l’enfant est un levier puissant de guérison mutuelle :
• Pratiquez des moments de qualité ensemble (jeux, balades, lectures).
• Soyez honnête à votre niveau : vous pouvez dire, par exemple, “Je ressens parfois de la peur à cause de ce que j’ai vécu, mais je fais de mon mieux pour être là pour toi.”
• Apprenez ensemble à nommer et à gérer les émotions (livres, outils comme des cartes des émotions).
5. Apprendre à se pardonner
Pour les parents, il est essentiel d’abandonner la culpabilité liée aux schémas répétés ou aux comportements passés. Se pardonner permet de sortir du cercle vicieux du traumatisme et de devenir un modèle de résilience pour l’enfant.
Exercice pratique : Le journal des émotions
Cet exercice peut être fait seul, avec un enfant ou en famille pour mieux comprendre et gérer les émotions liées au traumatisme.
1. Matériel : un carnet, des crayons ou stylos de couleurs.
2. Objectif : chaque soir, prenez 5 minutes pour écrire ou dessiner une émotion ressentie dans la journée.
• Pour les enfants : encouragez-les à dessiner leur émotion ou à choisir une couleur qui la représente.
• Pour les parents : décrivez ce que vous avez ressenti et pourquoi.
3. Rituel : chaque semaine, relisez ensemble les pages et identifiez les moments positifs ou difficiles. Cela renforce la communication et aide à repérer les déclencheurs récurrents.
Le mot de la fin : un chemin vers la résilience
Traiter les mécanismes post-traumatiques n’est pas un processus linéaire, mais chaque petite avancée compte. En apprenant à reconnaître ces mécanismes, à créer un environnement sécurisant et à demander de l’aide si nécessaire, parents et enfants peuvent transformer la douleur en une force. Parce qu’au-delà du traumatisme, il y a toujours une capacité incroyable de résilience, d’amour et de renouveau.
Comentarios